À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai, la Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) s’associe à la communauté internationale pour réaffirmer le rôle fondamental de la liberté de la presse dans l’édification de sociétés pacifiques. Le thème de cette année rappelle un principe cardinal de la démocratie : une presse libre et en sécurité est indispensable à la protection des droits humains, à la promotion du développement et au maintien de la sécurité.
Détérioration de la liberté de la presse à l’échelle mondiale et régionale
Des évaluations mondiales récentes font état d’un recul significatif de la liberté de la presse. Le Rapport de l’UNESCO intitulé Tendances mondiales en matière de liberté d’expression et de développement des médias (2022–2025), relève la plus forte détérioration de la liberté de la presse depuis 2012, tandis que le classement mondial de la liberté de la presse 2025 a, pour la première fois, qualifié la situation de la liberté de la presse de « difficile » à l’échelle mondiale. Plus de quatre milliards de personnes vivent désormais dans des pays où l’exercice du journalisme est fortement restreint.
En Afrique de l’Ouest, la situation est tout aussi préoccupante. En 2025, onze pays sur seize ont perdu des places dans les classements de la liberté de la presse. L’instabilité sécuritaire persistante, les coups d’État militaires, les régimes autoritaires et les insurrections ont créé un environnement hostile au journalisme indépendant. Dans l’ensemble de la région, les journalistes sont exposés à des arrestations, des intimidations, des violences physiques et, dans les cas les plus graves, à des disparitions forcées ou à la mort.
La situation est particulièrement alarmante au Sahel, où les autorités militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont intensifié la répression à travers la censure des médias, les enlèvements et l’enrôlement forcé de journalistes.

Au-delà du Sahel, les journalistes exerçant dans d’autres États dirigés par des régimes militaires (la Guinée et la Guinée-Bissau), ainsi que dans des états démocratiques, continuent d’être victimes de harcèlement et d’intimidation, ce qui engendre l’autocensure, la désertion de la profession et l’exil.
Ces conditions impactent directement les médias, en affaiblissant leur capacité à contribuer à la consolidation de la paix dans leur société. L’autocensure, l’exil et la réduction des effectifs dans les rédactions réduisent la diversité et la crédibilité des voix dans l’espace public, tandis que la peur et la répression permettent à la désinformation de se propager sans frein. Dans un tel contexte, les médias ne peuvent ni favoriser un dialogue éclairé ni contribuer à bâtir la confiance nécessaire à la cohésion sociale et à la prévention des conflits.
Les actions de la MFWA en faveur de la paix et de la liberté de la presse
Dans le cadre de ses efforts visant à mettre en lumière ces tendances, la MFWA publie des bilans et des analyses issus de son dispositif régional de suivi de la liberté d’expression. De janvier 2024 à décembre 2025, nous avons recensé environ 214 violations de la liberté de la presse en Afrique de l’Ouest.
Ces violations comprennent des arrestations et détentions arbitraires, des agressions physiques, des actes d’intimidation, des suspensions de médias, des coupures d’internet et des interruptions de diffusion audiovisuelle, des actes de harcèlement judiciaire ainsi que des disparitions forcées. Nos actions de plaidoyer en réponse à ces violations ont pris diverses formes : mobilisation d’acteurs régionaux et gouvernementaux au plus haut niveau, envoi de lettres ouvertes adressées aux autorités compétentes et campagnes de sensibilisation en ligne.
En outre, la MFWA poursuit ses initiatives de renforcement des capacités des médias visant à faire des médias un outil au service de la paix et de la cohésion sociale. En 2024, nous avons mis en œuvre un projet national pour promouvoir des élections pacifiques au Ghana.
Cette initiative a renforcé les capacités des médias à sensibiliser le public, à lutter contre la mésinformation et la désinformation, à réduire les discours incendiaires et à promouvoir un journalisme factuel lors des élections générales de décembre 2024.
Elle a également conduit à la création de la Coalition ghanéenne de vérification des faits (Ghana Fact-Checking Coalition) et de la Salle de veille médiatique (Media Situation Room — MSR ), une plateforme coordonnée qui a contribué à renforcer l’intégrité de l’information et la confiance du public dans les processus électoraux.

Par ailleurs, la MFWA a formé des journalistes au journalisme de paix et en reportage sensible aux conflits, touchant des millions de personnes à travers des contenus favorisant la tolérance, un débat public éclairé et la stabilité démocratique. D’autres interventions nous ont permis de contribuer à lutter contre les récits néfastes entourant les conflits entre agriculteurs et éleveurs, à faciliter le dialogue entre les parties prenantes concernées et à encourager une couverture médiatique neutreet responsable.
Appel à l’action
Un avenir pacifique ne peut se construire sans une presse libre. La MFWA appelle donc l’ensemble des parties prenantes à prendre des mesures urgentes et décisives pour protéger la liberté de la presse en Afrique de l’Ouest. Les gouvernements doivent honorer leurs obligations constitutionnelles et internationales en condamnant les attaques contre les journalistes, en poursuivant les auteurs de ces actes en justice, en abrogeant les lois liberticides et en libérant les professionnels des médias détenus arbitrairement.
Les autorités militaires et de transition au Mali, au Burkina Faso, au Niger et en Guinée sont instamment priées de libérer sans délai les journalistes détenus, de lever les restrictions imposées aux médias indépendants et de reconnaître la liberté de la presse comme un pilier fondamental d’une gouvernance responsable et transparente.
Nous appelons également les médias, la société civile et la communauté internationale à renforcer leur solidarité, à soutenir les journalistes menacés, à documenter les violations commises et à investir dans la sécurité, la protection juridique et le renforcement des capacités professionnelles des médias indépendants.
La MFWA demeure fermement engagée à défendre les droits de toutes les personnes, en particulier ceux des journalistes et militant·e·s, afin que chacun(e) exerce son métier sans crainte. La protection de la liberté de la presse n’est pas une option : elle est indispensable à l’édification des sociétés justes, sûres et pacifiques auxquelles nous aspirons.
