Isaac Boafo, un créateur de contenu sur les réseaux sociaux âgé de 45 ans, connu sous le pseudonyme « Duabo King », a été arrêté le 1er mars 2026 par des agents de la Direction du renseignement de la police au Commandement régional de la police Ashanti. Selon un communiqué publié par le Quartier général régional du Service de police du Ghana à Kumasi, l’arrestation fait suite à une vidéo TikTok devenue virale dans laquelle Boafo aurait formulé de fausses allégations concernant des policiers en poste au Commissariat central de Kumasi.
Dans cette vidéo, Boafo affirmait que quatre agents de cette station auraient eu une conduite sexuelle inappropriée avec des professionnelles du sexe lors de patrouilles nocturnes dans le quartier Asafo de Kumasi.
Le Service de police du Ghana a indiqué qu’au cours de l’interrogatoire, Boafo avait reconnu que les allégations qu’il avait formulé étaient sans fondement. D’après le communiqué de la police, il avait admis avoir inventé ces accusations afin d’obtenir des vues et de susciter de l’engagement sur les réseaux sociaux. Il avait également reconnu avoir tenu des propos sur le président de la République à des fins de création de contenu, et avait déclaré être incapable de justifier ces propos.
Boafo a depuis été inculpé pour publication et diffusion de fausses informations. Il est maintenu en garde à vue pendant qu’il aide les enquêteurs à progresser dans leurs investigations.
Dans son communiqué, la police a publiquement mis en garde contre la diffusion de fausses informations : « Les personnes qui se livrent à de tels actes seront poursuivies conformément à la loi », précise le texte, signé par le Commissaire adjoint Godwin Ahianyo, chef de l’Unité des affaires publiques du Commandement régional de la police Ashanti.
L’affaire Boafo illustre le recours persistant aux dispositions du droit pénal pour sanctionner la désinformation présumée au Ghana. Ces dernières années, des personnes — notamment des blogueurs et des militants — ont été arrêtées ou poursuivies en vertu de l’article 208 de la Loi sur les infractions pénales et autres de 1960 (Loi 29), et dans certains cas de l’article 76 de la Loi sur les communications électroniques de 2008 (Loi 775). La Fondation Médias pour l’Afrique de l’Ouest a exprimé ses inquiétudes quant à l’utilisation croissante de ces dispositions pour poursuivre des actes liés à l’expression, depuis l’abrogation au Ghana de la loi sur la diffamation criminelle.
En l’espèce, la police a indiqué que Boafo avait reconnu avoir inventé des affirmations concernant des agents du Commissariat central de Kumasi afin de générer de l’engagement en ligne. Si cet aveu distingue cette affaire d’autres cas où les accusés contestent les faits reprochés, elle n’en témoigne pas moins du recours persistant aux enquêtes criminelles et à la détention provisoire face à des propos contestés ou trompeurs diffusés en ligne.
La Fondation Médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA) réaffirme que, si la désinformation délibérée est nuisible et doit être combattue, les réponses apportées doivent demeurer proportionnées et conformes aux garanties constitutionnelles relatives à la liberté d’expression au Ghana. Elle appelle dès lors les autorités à veiller à ce que les mesures d’application de la loi ne restreignent pas excessivement l’expression légitime et n’engendrent pas les mêmes effets punitifs que l’ancien régime de diffamation criminelle.
