Depuis son lancement en 2021, le programme de bourse de la Nouvelle génération de journalistes d’investigation (NGIJ), une initiative de la FOndation des médias pour l’Afrique de l’Ouest (MFWA), a formé 53 journalistes en début et mi-carrière originaires du Ghana, de la Sierra Leone et du Libéria afin qu’ils mènent des enquêtes journalistiques percutantes favorisant la redevabilité et la justice sociale.
A travers un programme soigneusement conçu, alliant formations dispensées par des experts, mentorat et travail de terrain, les boursiers acquièrent des compétences en journalisme d’investigation, vérification des faits, journalisme de données, journalisme mobile et présentation de reportages. Le programme a abordé des thèmes essentiels, notamment la lutte contre la corruption, les flux financiers illicites (FFI), le reportage sur les élections et l’ industrie extractive.
Au sein des 4e et 5e promotions, soutenues respectivement par DW Akademie et NORAD par l’intermédiaire d’Oxfam au Ghana, les boursiers ont produit des reportages poignants qui ont mis en lumière, entre autres, la réalité des groupes marginalisés, le coût humain de l’exploitation minière illégale et les défis liés à la planification du développement local.
L’un de ces reportages s’intitule «How Bole District Assembly Wasted Money on a Market No One Wants» (« Comment l’Assemblée du district de Bole a gaspillé l’argent sur un marché que personne ne voulait »), rédigé par Osman Abubakari Sadiq. Il a révélé comment l’Assemblée du district de Bole a dépensé environ 148 909 cedis ghanéens pour construire un marché de 12 stands à la périphérie de Sonyo, une installation qui reste inutilisée et envahie par la végétation. Le contrat a été attribué par entente directe, en violation des règles de passation des marchés publics et sans consultation de la communauté. Le reportage d’Osman est un exemple éloquent de la manière dont le journalisme d’investigation peut exiger la reddition de comptes aux autorités locales et souligner l’importance d’une approche inclusive dans la planification du développement.
Dans un article informatif, Elizabeth Abena Egyin visait à sensibiliser le public en fournissant une analyse experte sur les sujets clés qui orienteront le choix des électeurs lors des élections présidentielles et législatives de décembre 2024. Dans l’article intitulé «ELECTIONS 2024 : Which issues will shape your vote? Experts share what to consider», elle a donné la parole à des analystes qui ont mis en avant plusieurs préoccupations majeures influençant les électeurs ghanéens avant les élections.
Ces questions vont de l’exploitation minière illégale (galamsey), qualifiée par un expert d’« écocide », aux difficultés économiques, au chômage des jeunes, aux réformes de la gratuité du lycée et de l’éducation, ainsi qu’aux préoccupations croissantes en matière de sécurité publique. Chacune de ces enjeux occupe une place importante dans le discours politique, façonnant les attentes des citoyens et éclairant leurs choix électoraux.
Dans l’article intitulé « Akosombo Dam Spillage: PWDs Hit Hard, Cry for Help», Bertha Demah montre comment les personnes handicapées ont été touchées de manière disproportionnée par le déversement du barrage d’Akosombo en septembre 2023, pourtant largement négligées lors des interventions de secours. Cet article met en lumière l’échec systémique de l’intégration des populations vulnérables dans la planification des interventions d’urgence et plaide en faveur de structures d’aide d’urgence inclusives et fondées sur les droits.
Dans son œuvre intitulée « Fatherless Children of the Mines», Seraphina Quaicoe se penche sur le sort des enfants nés de femmes ghanéennes et de mineurs chinois à Wassa Amenfi, dans l’ouest du Ghana. Ces enfants, pris entre deux cultures, ont été abandonnés par leurs pères et sont aujourd’hui confrontés à des problèmes d’identité, de pauvreté et de négligence au sein de communautés dévastées par une exploitation minière non réglementée. Ce récit met en évidence le besoin urgent de protection sociale, de réglementation des activités minières étrangères et d’une prise de conscience nationale quant au coût humain des projets d’extraction.
De la région du Haut-Est, Sulemana Zakaria fait un reportage intitulé «Tongo’s Mining Boom: The Human Cost Beneath the Glitter». Son histoire montre comment la ruée vers l’or a bouleversé la vie de la communauté, poussant les filles à abandonner l’école en raison de grossesses précoces et attirant les garçons vers des travaux miniers dangereux. L’article met en lumière les conséquences amples de l’exploitation incontrôlée des ressources et rappelle vivement que le développement durable doit prioriser la justice, l’éducation et le bien-être de la communauté.
Dans le cadre de la 6e promotion, qui vient de s’achever et qui a bénéficié d’un financement de la DANIDA par l’intermédiaire d’Oxfam au Ghana, les boursiers ont mis en lumière les flux financiers illicites, la mobilisation des recettes fiscales nationales, la justice fiscale et d’autres enjeux cruciaux qui affectent la qualité de vie au Ghana.
Dans « Publicly funded but closed to the public: Ghana’s premium hospitals shut out NHIS patients », Prince Ato Kwamena Koomson raconte une histoire qui résonne avec les nombreux Ghanéens qui cherchent des soins médicaux en utilisant le système national d’assurance maladie. Il dénonce une injustice systématique en mettant en lumière la manière dont les hôpitaux financés par les fonds publics excluent ces mêmes citoyens dont les cotisations ont contribué à leur construction, sapant ainsi la promesse d’une couverture sanitaire universelle.
En nommant les institutions, en retraçant les sources de financement et en soulignant les lacunes politiques, l’histoire pousse à la transparence dans le fonctionnement des infrastructures de santé et des systèmes d’assurance. Elle soulève des questions telles que: pour qui l’État construit-il ces infrastructures ? Pourquoi certains hôpitaux publics contournent-ils le NHIS ? Que signifie vraiment l’accès aux soins de santé ? L’histoire de Koomson donne une voix aux citoyens ordinaires frustrés d’être refoulés alors qu’ils détiennent des cartes valides du NHIS.
Dans un autre article qui mettant en lumière les pratiques de mobilisation des recettes locales de certaines assemblées municipales et de district au Ghana, Mark Kwasi Ahumah Smith rapporte que plusieurs de ces assemblées dépensent plus en salaires pour les percepteurs de recettes qu’ils ne sont en mesure de percevoir en revenus générés en interne.
« Domestic Revenue Mobilisation : Suame, other assemblies spend more money to collect less »identifie plusieurs facteurs contribuant aux mauvaises performances : le manque de données précises sur les contribuables et les entreprises, l’application insuffisante des règlements, les ingérences politiques, la supervision inadéquate et des systèmes de rémunération qui récompensent le personnel indépendamment des résultats.
Cette situation a entraîné un cercle vicieux caractérisé par une faible productivité et des fuites persistantes de revenus. Le reportage soutient que ces inefficacités compromettent la décentralisation budgétaire et affaiblissent la capacité des collectivités locales à fournir les services essentiels. Il appelle à des réformes, y compris la numérisation du recouvrement des recettes, une rémunération basée sur la performance, un suivi renforcé et la reddition des comptes, afin de garantir que les assemblées locales perçoivent et gèrent les fonds de manière plus efficace.
Par ailleurs, l’article de Winifred Lartey, intitulé « Fake tax collectors bleed Accra traders dry », met en lumière la fraude qui sévit dans le secteur informel du marché ghanéen, illustrant comment les commerçants sont exploités par des imposteurs se faisant passer pour des percepteurs de recettes officiels. Ces imposteurs exigent des paiements en espèces, remettent de faux reçus, puis disparaissent. Le coût humain dépasse le simple aspect financier. Les victimes font état d’une perte de confiance dans le système, d’une crainte des autorités officielles et d’une vulnérabilité économique (loyer impayé, stock perdu) lorsqu’elles sont extorquées.
Cet article sensibilise le public aux mécanismes de cette escroquerie afin que les commerçants et les citoyens puissent mieux distinguer quand une demande officielle est légitime et quand elle ne l’est pas. Il invite les autorités à accélérer la numérisation des paiements, à renforcer l’application de la loi, à améliorer la transparence des recouvrements et à protéger les travailleurs vulnérables du secteur informel contre ces escroqueries. En montrant comment l’utilisation abusive du système érode la confiance dans les autorités officielles, l’article appelle à la redevabilité et à une meilleure protection des commerçants ordinaires.
Prinsella Vera Aidoo et Mark Kwasi Ahumah Smith ont coécrit « Mobile money robberies: Inside Ghana’s rising cybercrime wave (Vol de fonds via les applications de paiement mobile : au cœur de la vague croissante de cybercriminalité au Ghana)» . Les services d’argent mobile au Ghana, autrefois salués pour leur contribution à l’inclusion financière, sont aujourd’hui fortement ciblées par des fraudeurs. Les boursiers soulignent l’ampleur et la gravité de la cybercriminalité liée à l’argent mobile et aux technologies financières au Ghana, non seulement comme des incidents isolés, mais comme un risque systémique croissant à mesure que l’économie se numérise.
Ils plaident également en faveur d’une meilleure sensibilisation du public et de mesures de protection, en encourageant les utilisateurs à signaler rapidement les fraudes, à adopter des pratiques sûres et à inciter les fournisseurs de services à renforcer la sécurité. La perte de moyens de subsistance, l’érosion de la confiance dans les plateformes numériques et la faible résilience des institutions face aux menaces émergentes illustrent le coût humain de la fraude numérique. Ce récit vise à attirer l’attention sur les lacunes réglementaires et sur la nécessité urgente d’un renforcement de la surveillance, d’une meilleure coordination entre les opérateurs de télécommunications et les forces de l’ordre, ainsi que d’une amélioration des infrastructures de prévention de la fraude.
Ces récits, racontés par les boursiers, reflètent la mission fondamentale du programme NGIJ : produire un journalisme qui donne une voix aux sans-voix et qui favorise la responsabilisation des institutions.
Vous pouvez lire d’autres récits de la première promotion ici et de la deuxième promotion ici.
À propos du programme de bourse de la nouvelle génération de journalistes d’Investigation (NGIJ)
Depuis son lancement en 2021, le programme de bourses NGIJ accompagne des journalistes en début de carrière issus de toute l’Afrique de l’Ouest afin qu’ils produisent des reportages percutants, fondés sur des faits et axés sur la redevabilité. Ce programme permet aux participants d’acquérir des compétences en journalisme d’investigation, en journalisme de données et en narration multimédia.
Les boursiers sont sélectionnés à l’issue d’un processus compétitif comprenant des tests d’aptitude et des entretiens, et sont accueillis au Ghana pour un programme intensif de trois à six mois. La formation comprend un mentorat assuré par des journalistes de The Fourth Estate et de Fact-Check Ghana, deux projets de journalisme d’intérêt public de la MFWA qui promeuvent la transparence et la redevabilité par le biais d’un reportage fondé sur des preuves.
