{"id":33304,"date":"2024-09-25T15:06:24","date_gmt":"2024-09-25T15:06:24","guid":{"rendered":"https:\/\/mfwa.org\/?p=33304"},"modified":"2024-10-03T16:24:21","modified_gmt":"2024-10-03T16:24:21","slug":"mauritanie-les-communautes-locales-et-le-combat-herculeen-pour-lacces-aux-terroirs-et-aux-ressources-naturelles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/mfwa.org\/fr\/mauritanie-les-communautes-locales-et-le-combat-herculeen-pour-lacces-aux-terroirs-et-aux-ressources-naturelles\/","title":{"rendered":"Mauritanie : Les communaut\u00e9s locales et le combat hercul\u00e9en pour l\u2019acc\u00e8s aux terroirs et aux ressources naturelles"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Avant-propos <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Fondation des M\u00e9dias pour l\u2019Afrique de l\u2019Ouest (MFWA) met en \u0153uvre un projet visant \u00e0 mettre en lumi\u00e8re les d\u00e9fis auxquels sont confront\u00e9s les \u00e9cologistes et les journalistes sp\u00e9cialis\u00e9s dans les questions environnementales. Ce projet comprend le suivi et la production de rapports sur la libert\u00e9 d\u2019expression (en ligne et hors ligne), l\u2019activisme environnemental (en ligne et hors ligne), ainsi que sur le d\u00e9veloppement des m\u00e9dias en Mauritanie. L\u2019accent est mis sur les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les journalistes, les activistes et les communaut\u00e9s engag\u00e9es dans la protection de l\u2019environnement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le suivi et les rapports sur la libert\u00e9 d\u2019expression s\u2019inscrivent dans le cadre du projet de la MFWA intitul\u00e9 \u00ab <strong>Promouvoir l\u2019agro\u00e9cologie et la Durabilit\u00e9 Environnementale ; et Renforcer la Libert\u00e9 d\u2019Expression en Afrique de l\u2019Ouest<\/strong> \u00bb, qui est mis en \u0153uvre avec le soutien financier de The 11th Hour Project de la Schmidt Family Foundation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le projet se concentre \u00e9galement sur les questions de d\u00e9gradation de l\u2019environnement, d\u2019agro\u00e9cologie et de moyens de subsistance durables. Il vise, entre autres, \u00e0 mettre en \u00e9vidence les pratiques environnementales et agricoles non durables et malsaines qui compromettent l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de l\u2019environnement et la durabilit\u00e9 des moyens de subsistance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet article traite de l\u2019exploitation du syst\u00e8me f\u00e9odal qui pr\u00e9vaut en Mauritanie et son impact sur les communaut\u00e9s vuln\u00e9rables et leur moyen de subsistance. Il traite \u00e9galement des d\u00e9fis auxquels font face les activistes r\u00e9clamant des reformes fonci\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Mauritanie, pays aux trois-quarts d\u00e9sertique fait face \u00e0 de grands d\u00e9fis environnementaux. L\u2019avanc\u00e9e inexorable du d\u00e9sert, la pression sur les terres arables et sur les ressources naturelles, les menaces de submersion marine sur la capitale, Nouakchott, ce sont l\u00e0 autant de d\u00e9fis qui ne sont pas sans cons\u00e9quences sur les populations locales, g\u00e9n\u00e9ralement peu impact\u00e9es par les politiques publiques environnementales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le secteur rural est l\u2019un des secteurs les plus importants de l\u2019\u00e9conomie mauritanienne avec plus de 62% de la population du pays vivant principalement d\u2019activit\u00e9s rurales. Ces derni\u00e8res <a href=\"https:\/\/www.fao.org\/family-farming\/countries\/mrt\/fr\/\">contribuent<\/a> \u00e0 hauteur de 17% du Produit int\u00e9rieur Brut (PIB) faisant de ce secteur le second pourvoyeur d\u2019emploi dans le pays en employant environ 21% des actifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre et aux ressources naturelles est un probl\u00e8me majeur en Mauritanie. La <a href=\"https:\/\/cdn.accf-francophonie.org\/2019\/03\/mauritanie-constitution-2006.pdf\">Constitution<\/a> du pays garantit le respect de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. Elle consacre en son article 15 le respect de la propri\u00e9t\u00e9 et en son article 10 les libert\u00e9s publiques et individuelles. De plus, le r\u00e9gime de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re \u00e9tait garantie par l\u2019ordonnance <a href=\"https:\/\/www.fao.org\/faolex\/results\/details\/en\/c\/LEX-FAOC018289\/\">83\/127<\/a> du 5 juin 1983, qui a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e par plusieurs d\u00e9crets dont <a href=\"https:\/\/faolex.fao.org\/docs\/pdf\/mau136479.pdf\">celui<\/a> du 31 mars 2010.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la terre et aux ressources naturelles n\u2019est pas aussi libre pour certaines populations locales qui se retrouvent spoli\u00e9es ou exploit\u00e9es par de puissants propri\u00e9taires. Le manque de concordance entre les collectivit\u00e9s ou communaut\u00e9s traditionnelles et l\u2019Etat \u00e0 propos de la propri\u00e9t\u00e9 de la majorit\u00e9 des terres exacerbe davantage la situation. La tenure fonci\u00e8re de la plupart de ces groupes traditionnels en zone rurale n\u2019est pas reconnue formellement par la loi, car seuls les groupes socioprofessionnels sont reconnus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A cela s\u2019ajoute le fosset qui existe entre l\u2019existence des r\u00e8gles de gestion du domaine foncier et leur application qui fait souvent d\u00e9faut. Les communaut\u00e9s villageoises peuvent, en th\u00e9orie, b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une repr\u00e9sentation l\u00e9gale en vertu de la loi fonci\u00e8re, de la loi sur la d\u00e9centralisation ou encore celles relatives aux organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 l\u2019accaparement des terres,\u00a0 \u00ab\u00a0l\u2019esclavage agricole\u00a0\u00bb et d\u2019autres d\u00e9fis, des organisations de la soci\u00e9t\u00e9 civile, des leaders politiques et des personnalit\u00e9s ind\u00e9pendantes tirent la sonnette d\u2019alarme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le probl\u00e8me foncier <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les r\u00e9gions du Brakna, du Trarza, du Gorgol et du Guidimaka, au sud de la Mauritanie, les populations sont confront\u00e9es \u00e0 une crise fonci\u00e8re aigu\u00eb. \u00c0 Trarza, par exemple, les habitants de la zone de Chemama subissent encore les cons\u00e9quences de l\u2019esclavage foncier, vivant dans la pauvret\u00e9 et l\u2019exclusion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les villages d\u2019Elbezoul 2, Mbagnik, Amara, Nkhaila et Oum El Ghoura, les m\u00eames probl\u00e8mes persistent : manque de services de base et acc\u00e8s limit\u00e9 aux terres cultivables. Selon Birame Dah Abeid, figure de proue de la lutte anti-esclavagiste, l\u2019ordre f\u00e9odal perdure et les litiges fonciers sont l\u00e9gion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette r\u00e9gion, trois familles d\u00e9tiendraient la majorit\u00e9 des terres arables. L\u2019une d\u2019entre elles poss\u00e9derait \u00e0 elle seule 1000 hectares \u00e0 Mbarwadji, tandis que 200 familles des villages de Ganki, M\u00e9dina et Samac ne disposeraient que d\u2019une vingtaine d\u2019hectares. Cette in\u00e9galit\u00e9 criante emp\u00eache les paysans locaux, souvent exploitants depuis des g\u00e9n\u00e9rations, de contr\u00f4ler leurs terres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette concentration des terres, d\u00e9nonc\u00e9e par les repr\u00e9sentants de l\u2019IRA et du parti RAG \u00e0 El Bezoul 2, nuit gravement au d\u00e9veloppement local. Des projets comme celui de Tweserda en sont la preuve : bloqu\u00e9s et leurs initiateurs poursuivis. Cette situation touche \u00e9galement les 71 villages situ\u00e9s le long de la fronti\u00e8re entre le Brakna et l\u2019Assabat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab La solution \u00e0 tous ces probl\u00e8mes c\u2019est d\u2019abolir toutes ces injustices li\u00e9es aux terres en r\u00e9voquant les actes juridiques et en indemnisant les d\u00e9tenteurs de permis conform\u00e9ment aux lois de la R\u00e9publique. Et les paysans devraient \u00eatre les premiers b\u00e9n\u00e9ficiaires des terres et doivent avoir acc\u00e8s au cr\u00e9dit agricole \u00bb, de l\u2019avis de Mr Birame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les leaders d\u2019opinion\/activistes de l\u2019environnement s\u2019expriment <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon, Seyr\u00e9 Sidib\u00e9, leader d\u2019opinion\/Militant des droits de l\u2019homme, la probl\u00e9matique du foncier en Mauritanie est tr\u00e8s complexe et courante en Mauritanie.\u00a0De plus, elle est indissociable des politiques raciale, ethnique, agropastoral et socio-politiques. Dans les instances les plus marquantes, il s\u2019agit <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-internationale-des-etudes-du-developpement-2019-2-page-61?lang=fr\">d\u2019usurpations<\/a> de terres. Les usurpateurs, ont un d\u00e9nominateur commun, s\u2019ils sont nationaux, ils sont proches et prot\u00e9g\u00e9s\u00a0par l\u2019Etat. S\u2019ils sont \u00e9trangers, ils jouissent largement de la complicit\u00e9 de l\u2019Etat, qui leur d\u00e9roule un tapis rouge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, dans la vall\u00e9e du fleuve S\u00e9n\u00e9gal, ces probl\u00e8mes sont beaucoup plus visibles. Les populations autochtones assistent impuissants \u00e0 l\u2019accaparement\u00a0de leurs terres. Elles vivent ce drame comme racisme, un complot d\u2019\u00c9tat commandit\u00e9 au sommet de l\u2019Etat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis quelques ann\u00e9es, les <a href=\"https:\/\/shs.cairn.info\/revue-internationale-des-etudes-du-developpement-2019-2-page-61?lang=fr\">multinationales<\/a> sont\u00a0entr\u00e9es\u00a0en jeu, avec la connivence des autorit\u00e9s, et des courtiers ou hommes d\u2019affaires pour d\u00e9poss\u00e9der les populations du Sud de leurs terres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En dehors du hold-up de multinationales, les populations de la vall\u00e9e sont constamment \u00e0\u00a0couteau tir\u00e9 avec des personnes influentes, qui usent de leur proximit\u00e9 avec l\u2019Etat pour annexer, les terres de pauvres populations.\u00a0\u00a0Dans cet \u00ab\u00a0imp\u00e9rialisme foncier\u00a0\u00bb, il faut noter qu\u2019au sein des populations de la vall\u00e9e, par exemple, les personnes d\u2019origine esclave sont deux fois plus expos\u00e9es que les autres, si bien qu\u2019elles n\u2019ont m\u00eame pas droit \u00e0 la terre.\u00a0 Idem pour les <a href=\"https:\/\/horizon.documentation.ird.fr\/exl-doc\/pleins_textes\/pleins_textes_6\/colloques2\/42961.pdf\">femmes<\/a> \u00e0\u00a0cause des traditions r\u00e9trogrades.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019esprit de la r\u00e9forme fonci\u00e8re des ann\u00e9es 80, la terre appartient \u00e0\u00a0ceux qui la mettent en valeur. Ce principe a servi d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur aux usurpateurs de tous bords pour envahir les terres, surtout de la vall\u00e9e.\u00a0 En effet, cette <a href=\"https:\/\/www.fao.org\/faolex\/results\/details\/en\/c\/LEX-FAOC018289\/\">loi<\/a> accorde indirectement un permis d\u2019occuper aux plus riches et puissants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le probl\u00e8me foncier dans la Vall\u00e9e cause de grosses souffrances pour les populations locales dont l\u2019acc\u00e8s aux terres de culture et de p\u00e2turage est de plus en compromis par l\u2019action des Walis et autres autorit\u00e9s administratives qui r\u00e9troc\u00e8dent ces terres \u00e0 des lobbies d\u2019hommes d\u2019affaires et \u00e0 des pontes du pouvoir. Mais ce probl\u00e8me n\u2019est pas circonscrit aux terres de la Vall\u00e9e. En Assaba, les adwabas font \u00e9galement les frais de la politique supremaciste de l\u2019Etat mauritanien, tel \u00e0 Barkeol o\u00f9 les terres de p\u00e2turage des adwaba de Barkeol, des\u00a0dizaines d\u2019hectares ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s \u00e0 un gouverneur en fonction. L\u2019affaire a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e devant les juridictions\u00a0\u00bb, observe Cheikh Haidara, journaliste, Pr\u00e9sident de l\u2019Association des Journalistes mauritaniens pour la d\u00e9fense du Littoral (AJAL).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Cet accaparement des terres au profit d\u2019individualit\u00e9s se fait au d\u00e9triment de villages entiers. C\u2019est une injustice flagrante qui augmente la pauvret\u00e9 et l\u2019exode rural. Ces terres de culture ainsi accapar\u00e9es ne sont pas exploit\u00e9es et restent des rentes que les usurpateurs par la force de l\u2019autorit\u00e9 gardent pour des sp\u00e9culations futures, ce qui prive les paysans et \u00e9leveurs locaux de sources de subsistance,\u00a0\u00bb poursuivit Cheikh Haidara<em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0A propos de l\u2019\u00e9pineux dossiers du foncier,\u00a0je ne peux dire sans grand risque de me tromper qu\u2019il se fait sur la base de discrimination raciale,\u00a0et le premier \u00e0 en avoir pos\u00e9 les jalons,\u00a0c\u2019est l\u2019ancien pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Moawiya Ould Taya. Les ann\u00e9es 90, il a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une expropriation injuste des terres des autochtones Haratines qu\u2019il a attribu\u00e9es \u00e0 des hommes maures venus d\u2019ailleurs, r\u00e9sultat: des milliers d\u2019hectares expropri\u00e9s engendrant une grande tension sociale,\u00a0pour sa politique raciale,\u00a0 il cr\u00e9a \u00e0 l\u2019\u00e9poque une banque agricole d\u00e9nomm\u00e9e UNCACEM, financ\u00e9e par la Banque Mondiale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet argent n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 investis dans l\u2019agriculture mais plut\u00f4t dans l\u2019acquisition de cheptel et la construction de maisons dans les grands centres urbains,\u00a0r\u00e9duisant ainsi beaucoup de Haratines \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne hideux de\u00a0l\u2019esclavage.\u00a0Voir \u00e0 ce sujet le rapport\u00a0de 2001 de P\u00e9ter Smiht consultant \u00e0 la Banque Mondiale o\u00f9 il montra, et ce de mani\u00e8re \u00e9loquente, comment les fonds allou\u00e9s de la Banque Mondiale sont devenus des moyens de r\u00e9duction des Haratines en esclavage notamment dans le lac de Rkiz\u00a0\u00bb, confie Maham Youssouf, cadre du parti INSAF (Parti au pouvoir en Mauritanie).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 Sy Djibril, journaliste, Directeur du site web Zou\u00e9ratactu, il d\u00e9clare que \u00ab\u00a0le probl\u00e8me foncier s\u2019est toujours pos\u00e9 au pays mais a connu sa vitesse de croisi\u00e8re ces derni\u00e8res ann\u00e9es avec les diff\u00e9rents \u00e9pisodes d\u2019accaparement et de d\u00e9possession des terres cultivables dans la vall\u00e9e du fleuve S\u00e9n\u00e9gal. Les ressources agricoles et foresti\u00e8res sont \u00e9normes mais mal exploit\u00e9es, sinon le rendement ne profite pas aux populations. Les\u00a0communaut\u00e9s veulent exploiter les terres mais n\u2019ont pas de moyens et ne re\u00e7oivent pas l\u2019appui du gouvernement. Les rares terres exploit\u00e9es par les populations sont \u00e0 leurs frais ce qui limite la production pour assurer l\u2019autosuffisance alimentaire. De nombreuses populations surtout de la vall\u00e9e souffrent ces derni\u00e8res ann\u00e9es de l\u2019expropriation de leurs terres agricoles. Ces pratiques sont faites par des op\u00e9rateurs \u00e9conomiques avec la b\u00e9n\u00e9diction de l\u2019Etat. Dans certaines zones, les populations ont vigoureusement r\u00e9agi \u00e0 ces pratiques par des manifestations, des marches parfois r\u00e9prim\u00e9es dans la violence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces communaut\u00e9s attendent toujours le soutien et l\u2019encadrement de l\u2019Etat pour mettre \u00e0 profit leurs surfaces cultivables et assurer ainsi l\u2019autosuffisance alimentaire. Malheureusement, la derni\u00e8re initiative du gouvernement sous la houlette du ministre Ousmane Kane, \u00e0 savoir le partenariat investisseurs-propri\u00e9taires terriens avec l\u2019arbitrage de l\u2019Etat, n\u2019a pas convaincu les communaut\u00e9s pour s\u2019engager dans ce processus. Une r\u00e9elle volont\u00e9 politique est n\u00e9cessaire pour lancer une v\u00e9ritable campagne agricole dans le pays \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En mati\u00e8re d\u2019esclavage agricole, B\u00e9ddine Ould M\u00e9chinou, Pr\u00e9sident de la Commission fonci\u00e8re du mouvement IRA, soutien que la minorit\u00e9 maure d\u00e9tient la plupart des terres. Mais le grand paradoxe r\u00e9side and le fait que ces terres sont exclusivement cultiv\u00e9es par les populations majoritaires noires de la communaut\u00e9 Haratine. C\u2019est le cas du d\u00e9partement de Rkiz, avec les terres fertiles du Lac Rkiz qui vont de la localit\u00e9 de Thiamb\u00e8ne jusqu\u2019\u00e0 celles de 12\/12, de El Adala, Rkiz, Oum El Ghoura, T\u00e9kane, Lexeiba I, Lexeiba II, et plusieurs autres localit\u00e9s de la r\u00e9gion du Trarza.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 le fait que ce sont les Haratines qui exploitent ces terres, ils demeurent sous la tutelle et \u00e0 la merci des \u00ab\u00a0ma\u00eetres\u00a0\u00bb qui habitent dans les quartiers hup\u00e9s de la capitale. Cette situation, jug\u00e9e inadmissible par plusieurs, a provoqu\u00e9 de graves \u00e9meutes le 7 f\u00e9vrier 2024, \u00e0 Rkiz. Suite \u00e0 ces \u00e9meutes des n\u00e9gociations entre ma\u00eetres et anciens esclaves ont permis \u00e0 ces derniers d\u2019obtenir 26 ha qu\u2019ils pourront exploiter \u00e0 leur guise, loin de la tutelle des ma\u00eetres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant les soul\u00e8vements du 7 f\u00e9vrier, il y a eu d\u2019autres affaires d\u2019expropriation telle que celle dont a \u00e9t\u00e9 victime la famille de Aliyine Ould Mecter dans la localit\u00e9 de El Adala. Cette famille a vu son champ qui \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 la r\u00e9colte lui \u00eatre confisqu\u00e9 pendant le Ramadan, car \u00a0elle n\u2019acceptait pas la tutelle des maures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a aussi une r\u00e9cente affaire de Magta Lahjar dans la localit\u00e9 de Wad Amour. Un Haratine du nom de Isselmou Ould Sabar a acquis une terre o\u00f9 il y a une digue. Bien que l\u2019acte de vente ait \u00e9t\u00e9 fait chez le maire de la localit\u00e9, sa famille et lui ont \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9 de cultiver cette terre par le Maire, qui selon eux, a d\u00e9clar\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Vous, vous n\u2019\u00eates pas de cette localit\u00e9, vous ne fa\u00eetes pas partie de nos Haratines, donc vous ne pourrez pas cultiver ici\u00a0\u00bb. Un recours d\u00e9pos\u00e9 au niveau des autorit\u00e9s n\u2019a servi \u00e0 rien. La gendarmerie \u00e9tait intervenue et a emp\u00each\u00e9 les ayant droits de cultiver leur terre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des milliers d\u2019autres cas similaires existent. Selon Ba Aboubekrine, Pr\u00e9sident du Comit\u00e9 de suivi de la Coalition Vivre Ensemble (CVE), le probl\u00e8me foncier en Mauritanie remonte \u00e0 la naissance du pays.\u00a0Chez les arabo-berb\u00e8res,\u00a0la terre est l\u2019affaire de la tribu et l\u2019\u00e9tat ne cherche jamais \u00e0 la d\u00e9poss\u00e9der. Dans la vall\u00e9e du fleuve,\u00a0l\u2019Etat \u00e0 travers ses gouverneurs,\u00a0ses pr\u00e9fets et ses chefs d\u2019arrondissement ont toujours fait main basse sur plusieurs hectares de terre bien avant la r\u00e9forme fonci\u00e8re et domaniale de juin 1983.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette r\u00e9forme suscit\u00e9e par une d\u00e9claration du mouvement national D\u00e9mocratique (MND), le 2 f\u00e9vrier 1982 dans laquelle le mouvement demandait \u00e0 l\u2019Etat de faire de sorte que ceux qui n\u2019ont pas les terres, particuli\u00e8rement les Haratines (esclaves affranchis), puissent en acqu\u00e9rir.\u00a0Cette r\u00e9forme qui dans son contenu n\u2019est pas totalement mauvaise, a donn\u00e9 l\u2019occasion \u00e0 l\u2019Etat de d\u00e9poss\u00e9der les populations noires et de faire des arabo-berb\u00e8res les nouveaux propri\u00e9taires terriens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la r\u00e9gion du Trarza tout est entre les mains des hommes d\u2019affaires, des officiers sup\u00e9rieurs et autres.\u00a0 La loi n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e et les propri\u00e9taires terriens qui avaient des documents et ceux qui ne le poss\u00e9daient pas (droit coutumier) ont tous \u00e9t\u00e9 d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs terres. Les protestations de toutes les mani\u00e8res n\u2019ont servi dans la plupart des cas \u00e0 rien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Similairement, pour plusieurs hectares de terres dans les r\u00e9gions du Gorgol et du Brakna o\u00f9 des conflits ont <a href=\"https:\/\/books.openedition.org\/cjb\/1306?lang=en\">\u00e9clat\u00e9<\/a>,\u00a0les populations\u00a0attendent toujours une r\u00e9solution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elemine Ould Cheikh, militant anti-esclavagiste, r\u00e9sistant \u00e0 la colonisation agricole, lutte contre l\u2019expropriation des terres de son village \u00e0 Niawl\u00e9. Attach\u00e9 \u00e0 ces terres, il d\u00e9clare : \u00ab Je suis n\u00e9 dans ce village, sous un arbre. Je ne connais que ces terres que m\u2019ont laiss\u00e9 mes grands-parents. \u00bb Il souligne \u00e9galement l\u2019importance de son titre de propri\u00e9t\u00e9 datant de 1903 : \u00ab Nous sommes rest\u00e9s attach\u00e9s \u00e0 ces terres que nous ne quitterons que morts et enterr\u00e9s. \u00bb Malgr\u00e9 la r\u00e9pression, y compris l\u2019arrestation de certains villageois, Elemine refuse de c\u00e9der.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Samba Thiam, Pr\u00e9sident du parti Forces Progressistes du Changement (FPC), \u00ab\u00a0le foncier, comme tous les autres secteurs est gouvern\u00e9 par la loi de l\u2019apartheid. Et cela ne prendra fin qu\u2019avec la d\u00e9termination des n\u00e9gro-africains et des Haratines, c\u2019est- \u00e0-dire des n\u00e9gro-mauritaniens en g\u00e9n\u00e9ral qui, pour l\u2019instant, n\u2019opposent qu\u2019une faible vell\u00e9it\u00e9 de\u00a0r\u00e9sistance par \u00e0-coups, h\u00e9las ! Et je conclus pour dire qu\u2019on ne peut pas construire un vivre ensemble par l\u2019effacement des uns\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mohamed Said Ould Sid Ibrahim, d\u00e9fenseur de l\u2019environnement, porte-parole des populations du village de Tivirit, soul\u00e8ve quant \u00e0 lui, le probl\u00e8me \u00e9pineux de la pollution catastrophique caus\u00e9e par une d\u00e9charge pr\u00e8s de son village. Il exprime l\u2019ampleur des souffrances des habitants : \u00ab Ce village \u00e9tait calme et paisible avant la pr\u00e9sence de la d\u00e9charge de la capitale, mais aujourd\u2019hui ses habitants vivent dans une souffrance sans fin due \u00e0 la pollution. \u00bb Il r\u00e9clame fermement la fermeture de la d\u00e9charge : \u00ab La pr\u00e9sence de la d\u00e9charge \u00e0 proximit\u00e9 du village a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de maladies respiratoires et de certains cancers. \u00bb Malgr\u00e9 une d\u00e9cision de justice en faveur de la population en 2019, les autorit\u00e9s n\u2019ont toujours pas mis en \u0153uvre cette d\u00e9cision, exacerbant les probl\u00e8mes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Conclusion et Recommandations<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Mauritanie se trouve \u00e0 un carrefour critique o\u00f9 les enjeux fonciers et environnementaux sont intimement li\u00e9s, cr\u00e9ant un panorama complexe et pr\u00e9occupant pour les populations locales. L\u2019accaparement des terres par de puissants int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques, souvent en connivence avec les autorit\u00e9s, a engendr\u00e9 une marginalisation croissante des communaut\u00e9s traditionnelles, qui se voient d\u00e9pouill\u00e9es de leurs droits fondamentaux. Cette situation est exacerb\u00e9e par l\u2019absence d\u2019application des lois fonci\u00e8res, laissant les populations vuln\u00e9rables sans recours face \u00e0 l\u2019injustice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cons\u00e9quences de cette crise ne se limitent pas \u00e0 des pertes \u00e9conomiques ; elles affectent \u00e9galement la coh\u00e9sion sociale et la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire, aggravant la pauvret\u00e9 et entra\u00eenant des mouvements de population. De plus, la pollution caus\u00e9e par des d\u00e9charges mal g\u00e9r\u00e9es impacte gravement la sant\u00e9 des habitants, illustrant l\u2019urgence de r\u00e9formes environnementales qui prennent en compte les besoins des communaut\u00e9s locales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les voix des acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 civile, des militants des droits de l\u2019homme, et des journalistes jouent un r\u00f4le crucial pour d\u00e9noncer ces injustices et sensibiliser l\u2019opinion publique. Leur engagement met en lumi\u00e8re les luttes des populations, souvent \u00e9touff\u00e9es par un syst\u00e8me qui privil\u00e9gie les int\u00e9r\u00eats d\u2019un petit nombre au d\u00e9triment du bien commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la lumi\u00e8re des probl\u00e8mes fonciers et diff\u00e9rents d\u00e9fis les recommandations suivantes peuvent \u00eatre formul\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\">Appliquer le droit coutumier pour permettre aux familles abus\u00e9es de r\u00e9cup\u00e9rer leurs terres et obtenir des documents officiels les validant.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Encourager les propri\u00e9taires \u00e0 c\u00e9der des terres cultivables aux r\u00e9sidents locaux pour usage.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Mettre fin \u00e0 la politique de ceinture des arabo-berb\u00e8res qui emp\u00eache l\u2019acc\u00e8s aux p\u00e2turages et \u00e0 des espaces essentiels comme les cimeti\u00e8res.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">D\u00e9finir une politique fonci\u00e8re qui concilie d\u00e9veloppement et int\u00e9r\u00eats de tous, en organisant des journ\u00e9es de concertation sous la supervision de la Direction des Domaines.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Collecter, vulgariser les textes fonciers, et lancer une campagne nationale d\u2019information via les m\u00e9dias, sous la responsabilit\u00e9 du Minist\u00e8re.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">D\u00e9centraliser la gestion fonci\u00e8re et rendre l\u2019information accessible aux populations par l\u2019adoption de nouveaux textes.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Renforcer la s\u00e9curit\u00e9 des groupes vuln\u00e9rables (femmes, marginalis\u00e9s) en utilisant des m\u00e9canismes de discrimination positive.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Promulguer les lois sur le statut des am\u00e9nagements irrigu\u00e9s dans la vall\u00e9e et les zones oasiennes.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">R\u00e9viser les textes fonciers (rural et urbain) pour consolider l\u2019unit\u00e9 nationale et la coh\u00e9sion sociale, en organisant des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux sur le foncier.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Valoriser les m\u00e9canismes alternatifs de gestion des conflits en promulguant et vulgarisant les textes concern\u00e9s.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\">Renforcer le r\u00f4le des acteurs locaux, en particulier les femmes, dans la r\u00e9solution des conflits en identifiant et formant ces acteurs.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant-propos La Fondation des M\u00e9dias pour l\u2019Afrique de l\u2019Ouest (MFWA) met en \u0153uvre un projet visant \u00e0 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