Le Burkina Faso, un pays d’Afrique de l’Ouest, fait face à un défi majeur en matière de protection de l’environnement, en particulier dans le secteur minier. Les activités extractives, telles que l’exploitation des mines d’or, ont conduit à une dégradation environnementale importante, affectant la vie des populations locales. Le pays est confronté à des menaces qui incluent la violation des droits des défenseurs de l’environnement, des atteintes à la liberté d’expression et à la liberté des médias, ainsi que l’inefficacité des institutions gouvernementales pour faire face à ces enjeux. Ce rapport examine les différents défis que rencontrent les défenseurs de l’environnement, à travers quelques témoignages des journalistes ainsi que l’évolution du paysage médiatique et juridique au Burkina Faso, avec un focus particulier sur les menaces offline et en ligne qui pèsent sur ces acteurs essentiels de la protection de l’environnement.
Les défis environnementaux au Burkina Faso : Impact des activités minières
Les défis environnementaux au Burkina Faso sont notamment liés à l’exploitation minière. La mine de Kalsaka, située dans la région du Nord, constitue un exemple frappant des dégradations écologiques et sociales causées par ces activités. Entre 2008 et 2014, la commune de Kalsaka a vu l’exploitation de la mine d’or. Mais depuis 2014, aucune mesure de réhabilitation n’a été mise en place, en dépit des exigences légales. Cette négligence a conduit à une détérioration significative des conditions de vie des habitants, affectant notamment l’accès à l’eau, à l’éducation et à la santé. La CODEL (Coalition pour la défense de l’environnement et du développement local) a produit un film documentaire qui illustre la gravité de la situation. Selon le documentaire, la situation est marquée par une “désolation totale” due à l’exploitation minière. Les populations locales, en particulier les journalistes qui ont voulu couvrir cette réalité, ont été menacées par les entreprises minières pour empêcher la publication de ces informations. Les menaces physiques et légales sont fréquentes, contribuant à la restriction de la liberté d’expression et de la presse dans ces zones sensibles. C’est le cas du journaliste qui avait reçu des menaces avant la publication de son article sur la mine de Kalsaka. «J’ai particulièrement reçu des menaces verbales de la part d’un conseiller municipal de la localité qui voulait que passe par les autorités municipales avant d’avoir accès au site qui était déjà fermée par la société exploitante. Pour lui, il n’était pas question que publie mon article sans qu’il ait vu le continue» [1], relate le journaliste.
Les menaces pesant sur les défenseurs de l’environnement et la liberté d’expression
Les menaces physiques, les intimidations et les harcèlements à l’encontre des défenseurs de l’environnement sont monnaie courante, particulièrement dans les régions où l’exploitation minière est active. À Kalsaka et dans d’autres zones minières, des journalistes et des défenseurs de l’environnement ont été ciblés pour avoir exposé les impacts négatifs de l’exploitation des ressources naturelles sur l’environnement et les communautés locales.
Outre les menaces physiques, il existe également des menaces juridiques, telles que des poursuites judiciaires ou des pressions pour faire taire les critiques. Le cas de l’impact environnemental à Batié, dans la région du Sud-Ouest, est un autre exemple. Les communautés locales, notamment le comité des jeunes pour la protection de l’environnement de Batié, ont été menacées par les autorités locales et les acteurs de l’industrie du charbon de bois en raison de leur opposition à la déforestation liée à la production de charbon.
Les menaces en ligne, bien que moins documentées, ne sont pas inexistantes. Les réseaux sociaux et autres plateformes numériques sont de plus en plus utilisés pour diffuser des informations relatives à l’exploitation des ressources naturelles, mais ces plateformes sont aussi un terrain où se déploient des attaques ciblées contre ceux qui dénoncent les violations environnementales. Les journalistes et les activistes environnementaux sont confrontés à des campagnes de diffamation en ligne, des harcèlements numériques et à des tentatives de manipulation de l’opinion publique pour minimiser l’impact de leurs actions. Un journaliste du média en ligne Bafouji.com de la région a dû abandonner son investigation au profit d’un autre média (Sidwaya) pour faire la lumière sur la déforestation à Batié suite aux activités de carbonisation. «J’ai reçu des messages (sms) et en inbox d’arrêter mon enquête lorsque j’ai su que des responsables de la mairie et du service des eaux et forêts recevaient ristournes et taxes sur l’activité» [2], témoigne le reporter.
Les défenseurs de l’environnement se trouvent non seulement face à des menaces physiques et en ligne, mais aussi à un environnement juridique et institutionnel hostile. Malgré la constitution burkinabè qui inscrit la protection de l’environnement et l’accès aux sources d’information comme un principe fondamental, les journalistes se voient parfois refuser accès aux sites d’exploitation de l’or et bois illégales. Un journaliste de Journaliste de l’Agence de l’Information du Burkina (AIB) s’est vu refouler par une société minière qui exploitait illégalement un site qui impactait négativement l’environnement. «Les Chinois opéraient dans la zone de “Siyéna“, un village rattaché à la commune de Banfora dans la région des Cascades, avec la complicité des Burkinabè. Ils avaient recruté des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) pour sécuriser le site en empêchant toute personne étrangère d’y accéder malgré que je leur ai rappelé le décret qui m’autorisait à avoir accès aux informations»[3], relate le journaliste.
Pour assurer un avenir plus sûr pour les défenseurs de l’environnement et garantir la protection des ressources naturelles du pays, il est impératif que les autorités burkinabè renforcent la mise en œuvre des lois existantes, améliorent les mécanismes de surveillance environnementale, et offrent une protection juridique effective aux journalistes et défenseurs de l’environnement. En outre, des réformes supplémentaires visant à réduire l’influence des lobbies miniers et à renforcer l’indépendance des institutions chargées de la régulation du secteur sont essentielles pour garantir un équilibre entre développement économique et respect des droits environnementaux.
Cet article s’inscrit dans le cadre d’un projet de suivi et des rapports sur la liberté d’expression autour de la question de l’environnement. Ce projet de la MFWA intitulé « Promouvoir l’agroécologie et la Durabilité Environnementale ; et Renforcer la Liberté d’Expression en Afrique de l’Ouest », est mis en œuvre avec le soutien financier de The 11th Hour Project.
[1] Le journal Sidwaya (quotidien d’Etat)
[2] Journaliste du média en ligne Bafouji.com
[3] Journaliste de l’Agence de l’Information du Burkina (AIB)